Viens me retrouver près du sommet, près de chez moi.
Ce matin, tout fonctionne comme dans un rêve. La température est idéale. Elle est aussi douce que possible pour ne pas devoir s’encombrer de vêtements trop chauds et aussi fraîche que nécessaire pour que les pierres « folles » restent serties dans leur carcan de glace stabilisateur !
Les pieds se déplacent de prise en prise comme mus par un programme propre. Le corps lui se positionne souplement par-dessus et assume sa part de gestion de l’équilibre sans devoir solliciter l’instance pensante, du coup, libérée de toute charge.
En dessous, une guirlande mouvante de lampes frontales indique la présence d’autres cordées engagées sur le même itinéraire. On voit ça et là des égarés qui explorant d’autres chemins, ajoutent à cette chenille de lumière, quelques pattes un peu disgracieuses.

Au-dessus, le calme règne. Le regard est arrêté par quelques tours bien verticales qui barrent sérieusement le cheminement vers le point le plus haut. Une fois ces escarmouches évitées, une étrange cahute accrochée au rocher et surplombant le vide des deux côtés apparait. Quelques têtes inquiètes nous dévisagent en cherchant à reconnaître un compatriote ou un ami. Un aigle royal à la recherche de son petit déjeuner vient saluer de son cri ces drôles de locataires.
Une fois ce point passé, le pas s’accélère sur des pentes un peu plus faibles qui sont propices à une marche simultanée des membres de la cordée. Les pas du second se posent exactement dans ceux de son guide. Ce dernier tient quelques annaux de corde dans sa main aval. Les écarts de tension sur le fil qui les relie le renseigne en temps réel sur le comportement de son client. Son piolet est fermement planté à l’amont à chaque changement d’équilibre, prêt à parer une glissade éventuelle.
Au-devant d’eux, se dresse maintenant le sommet. Le cheminement quitte l’arrête et zèbre le haut de la face nord de traits bien délimités. La sensation de vide donne presque la nausée quand le regard ne peut se fixer sur un élément permettant d’ancrer cette verticalité dans un référentiel connu.
Le chemin est étincelant, l’air un peu raréfié ralenti la cadence et sollicite plus le cœur. Il doit redoubler d’effort pour faire diminuer cette sensation d’euphorie naissante induite par un oxygène moins présent.
C’est enivrant, près du sommet, près de chez moi !
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