Que diriez vous d’un voyage à la face sud du fou, près de chez moi !
Arrivé au sommet de l’Aiguille du plan, les rayons de l’astre de jour ont déjà commencé à réchauffer les sommets avoisinants alors que leurs pieds sont encore transis dans la pénombre du petit matin.
La lumière rasante découpe finement les arrêtes en de multitudes d’aiguilles et de tours entrecoupées de couloirs s’enfonçant dans des abîmes insondables. L’empilement des différents plans révélés par cet éclairage matinal forment des mille-feuilles de roche dorées fourrés d’une crème sombre et légère.
Surplombant un couloir encaissé, l’aiguille du fou se donne des airs de diva en exposant le diamant éclatant de sa face sud aux regards troublés d’hypothétiques prétendants désireux de s’exposer à ses charmes. Les sens de ces derniers sont submergés d’images de formes rondes et lisses palpées par des mains assurées, d’odeurs de lichen et de poudre qui s’envolent quand la roche explose ainsi que du goût âpre de la salive quand la peur vire à la panique due à une exposition plus que raisonnable.
Ceux qui ont déjà effleurés avec émois ses lignes de dièdres et de fissures ne pensent qu’au prochain rendez-vous, victimes d’une addiction de sensations pas toujours avouables. Ceux qui n’ont jamais pu l’approcher en rêvent la nuit et le jour en écoutant les récits de ceux qui s’y sont noyés et sont revenus. En revanche, les autres, ceux qui s’y sont frottés et ont été rejetés. Ceux-ci s’en remettent avec peine. Ils sont condamnés à errer dans des voies plus calmes, à se faire consoler par des dalles plus douces en se rassurant sur leurs capacités. Ils s’imaginent pouvoir la revoir un jour dans des conditions plus favorables et plus rassurantes où ils pourront se présenter un peu plus à leur avantage!
Ces rêveries nous font oublier pour un moment la destination du jour, la face de neige et de glace qui s’ouvre sous nos pieds. Elle n’a pas encore été suffisamment assouplie par les caresses du soleil. Les cailloux jetés régulièrement pour en valider la dureté rebondissent encore trop à notre goût pour nous laisser découper une première arabesque en toute sérénité.
La pensée peut donc encore s’envoler un moment au-delà des arrêtes, des piliers et de faces pour explorer des atmosphères et des endroits qui seront peut-être visités mais qui, pour sûr, resteront à jamais gravés dans nos souvenirs.
C’est prenant, à la face sud du fou, près de chez moi !

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